Au nez et à la barbe

 

C’est le genre de trophées qui vous tâchent le beau costume et dont toutes les marques se passeraient volontiers. Si le 7ème Art est très fier de ses Gérard qui récompensent les gamelles du cinéma, les prix Pinocchio boxent dans une catégorie autrement moins ironiques. Ayant pour but « d’illustrer et de dénoncer les impacts négatifs de certaines entreprises françaises, en totale contradiction avec le concept de développement durable qu’elles utilisent abondamment », Pinocchio épingle les entreprises qui recyclent plus vert que vert. En langage marketing on range plus globalement cela dans le tiroir du  « greenwashing ». 

Cette année les initiateurs proposaient trois catégories soumis aux votes des internautes. 

Avec 32% des voix, la société Sosucam du groupe français Somdiaa, filiale du de JL Vilgrain, remporte le trophée « Droits Humains » pour son exploitation, sa pollution et ses expropriations de terres au Cameroun où l’entreprise fait son beurre dans la canne à sucre.  

Au nez de Total (29% des voix), Eramet (39%) rafle le prix Environnement. Ce géant du Nickel, pointée du doigt partout où il passe, menacerait directement les populations locales et les espèces en voie de disparition de la forêt indonésienne. 

Et c’est au Crédit Agricole que revient la distinction qui laisse le plus de traces. Avec 55% des voix, la banque française paye ses 200 millions de tonnes de CO2 rejetés (l’équivalent d’un petit pays africain) ainsi que certains placements financiers douteux à fort impact environnemental. Elle remporte le prix Pinocchio du « GreenWashing ».

Plutôt habitué à mettre des constructeurs automobiles sur le banc des accusés, les internautes participatifs ont aussi largement sanctionnés la banque pour ses exagérations publicitaires. Dans cette réclame, non diffusée en France, la banque met en scène le très 007 Sean Connery.

Une pub qui, disons le, tombe dans un manichéisme sans émotions à coup de motion 3D inapproprié. Avec sa fin en apothéose, la banque accentue avec beaucoup de maladresse ce décalage entre discours faussement écolo et béton de constructeur. Et si James Bond fait ce qu’il peut pour prononcer « Crédit Agricole » dans sa langue maternelle, on peine, hors contexte, à croire qu’à l’adresse du téléspectateur méfiant et éduqué ces minis clips puissent avoir un quelconque impact sur la décision. Car à vouloir surfer sur une vague de mensonges on finit toujours avalé par le requin de la vérité………comme Pinocchio. 

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