Presse boucle

Après le « badoumba » de CB News, Backchich est donc la seconde grosse prise de La Camarde, qui mâche du journal à mesure que les points d’équilibres à atteindre se froissent. Avec 3000 abonnés au lieu des 15000 qui lui aurait offert autre chose que de la survie, le site d’investigation satirique décliné en hebdo papier depuis septembre 2009, n’a pas su agglomérer l’audience suffisante malgré le renflouement du tiroir caisse à hauteur de 500 000 euros. Après 4 années à débusquer des « fadettes » dans les sacs à mains de Rachida Dati, l’aventure finira donc à la barre d’un tribunal de commerce. Moche.

Tandis que le journalisme se cherche encore des noises entre le tout payant à la Murdoch et le freemium (accès libre + accès payant), le lecteur a mué dans son coin. A l’heure des opinions clés en main, des tutoriaux explicatifs et des partages de liens, n’importe qui est désormais en mesure de proposer sa propre analyse et de la partager. Cette « médiacratie » qui à dynamitée le journalisme à papa, comme le téléchargement à secoué la musique, ne livrera pourtant jamais son verdict. Pour autant d’analyses qui flirtent entre la fin annoncée et l’espoir de revivre, il reste des façons de pérenniser des modèles où les questions ne sont plus forcément combien ça coûte? Mais plutôt qui sommes nous ? Que faisons nous ?
 
 

 
 
 

L’appellation d’origine contrôlée


Lorsqu’on lit par hasard ou par mégarde du Denis Tiliniac dans le très chauvin « dictionnaire amoureux de la France », l’écrivain ancien localier au journal La Montagne, souligne à quel point la presse des régions, Jean Pierre Pernaut de papier, est souvent traitée avec une condescendance de salon. Pourtant dieu seul sait l’OJD que lorsque Libé touche 111 000 lecteurs, le Télégramme lui met chaque matin une belle claque dans le jeu de mots. Issue d’une région conjuguant une forte identité culturelle et où l’apprentissage de la lecture d’un quotidien est instituée, le journal breton affiche une vitalité à 200 000 exemplaires. Dans l’ombre de Ouest France, cette feuille de choux ne fait pas que s’inscrire dans le temps mais l’accompagne véritablement. A l’affût des moindres progrès technologiques, il a également su se diversifier parfois même au delà de son propre fief. Organisation de régates (Route du Rhum, Jacques Vabre…), Agence de création (Studio T), journaux spécialisés (JDE)…le quotidien breton s’est même récemment lancé dans la télévision avec Tébéo
Hier groupe de presse, ce Télégramme qui pèse 135 millions d’euros de recettes annuelles, se diversifie sans trahir. Fidèle à son appellation d’origine qui à toujours su faire sa force.

 
 

L’hyper localisé


Et si on peut toujours trouver des couv’ en forme de bras arrachés par des machines agricoles, cette hyper localisation de l’information, parfois caricaturale, ne fait que reprendre le principe des réseaux sociaux où l’information se diffuse avant tout vers une sphère restreinte de proches. Le web – documentaire récemment proposé par le Berry Républicain à, en ce sens, su conjuguer proximité de l’info et modernité de l’outil. Revenant sur le travail d’un couple de retraités concepteur de jouets en bois, l’initiative, quelque peu maladroite dans son contenu, a au moins le mérite de la prise de risque. Opportunité de développement ludique pour qui n’est pas effrayé par la palette graphique, elle s’annonce d’ores et déjà comme une piste de développement économique potentiel à explorer. 
 
C’est dans cette même optique de « parler près », qu’au Etats Unis se développe un journalisme communautaire hyper localisé. Le projet Patch.com, lancé par AOL, est un réseau d’information présent dans des centaines de villes américaines. Basé sur la même trame, chaque site essaime une information de proximité à l’aide de ses correspondants et d’un journaliste professionnel. Pariant sur l’explosion de la publicité local Patch, qui à déjà conquis près de 600 villes, tourne à l’allure de 30 embauches par semaine. 
 
 
 

Le diversifié


Et si les exemples donnent l’impression de déserter le papier, le site d’information Rue 89 prouve que les revenus de compléments peuvent aussi être générés au delà des supports. En plus de monnayer son espace à la publicité, Rue 89, trouve une source de revenus alternative via une expertise métier. Formation internet, création de sites, revente de contenus…le site d’information, qui ne se pose pas le problème de son accessibilité, mise avant tout sur une audience fidèle et probablement désireuse de pédagogie. En se rendant ainsi expert, il fait d’avantage qu’être une vulgaire marque mais se mue en véritable marque de fabrique. Une complémentarité qui à défaut de Bakchich lui permet d’inventer. Friand d’initiatives collaboratives, le site à même déserté son écran pour…le kiosque à journaux. Prouvant que pour réécrire et donc proposer, encore faudrait il ne pas se contenter d’une maquette rafraîchie ou d’une simple application Ipad.


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