Le Parisien, Les Echos, La Tribune. Que valent ces applications ?

Avec 3,5 millions de mobinautes de plus qu’il y a un an (+ 23 %), l’audience de l’Internet mobile en France continue de progresser. Plus féminins et plus jeunes, les mobinautes sont également 60,6% à consulter au moins une application mobile à partir de leur smartphone. Avec un marché estimé à 19 millions d’usagers, l’offre peut sembler patauger entre abondance et saturation. Entre duplication d’un contenu existant et nouvelles expériences, comment la presse à t’elle investi ce nouveau support ? Décryptage de 3 applications médias gratuites. Le Parisien, Les Echos et La Tribune
 
 
 

 



 
Alexander Pougatchev qui rêvait d’un grand France Soir capable de faire de l’ombre au Parisien, ne s’en est probablement jamais remis. Malgré une diffusion en baisse de 1,21% selon les derniers chiffres de l’OJD, Le Parisien tient toujours son rang de journal populaire. Lancé il y a quelques jours dans une version 5.0, son application mobile propose désormais de nouvelles fonctionnalités. Avec une interactivité entièrement repensée.

Première impression

Vaste place offerte à l’image, multiples entrées et lecture agréable. Malgré un temps de chargement parfois un peu long, l’application réalisée par Visuamobile est plaisante à découvrir et à utiliser.

Menu et navigation. In and Out

Avec pas moins d’une cinquantaine de rubriques recensées, l’exhaustivité du Parisien offre un menu brouillon qui confond site internet et application mobile.

La classification thématique par couleurs, peu lisible, reste très confuse à comprendre et à appréhender.

Navigation fluide mais quelque peu ralentie, à cause du poids des images lorsqu’il s’agit de parcourir les articles à l’horizontale.

Le retour à l’étape précédente après la lecture d’un article n’est possible qu’après un passage par le menu. Ce dernier, surchargé, n’offrant jamais une visibilité complète de son contenu.

Des articles clairement signées et datées. Agréables à lire et à partager.

L’entrée de lecture par l’image entre photos et vidéos offre une approche ludique à l’application.

Média local par définition, Le Parisien innove avec sa géolocalisation des articles. Même si ces derniers sont souvent concentrées en Ile de France, l’impression de saturation ne pèse pas lourd face à l’innovation apportée par le journal.

Jouant sur l’interactivité l’application fait de nouveau la part belle à sa rubrique YOU pour permettre au lecteur d’enrichir et de partager. Constamment présente au travers des articles, son intérêt éditorial gagnerait en modération et en classification.

Si la monétisation des médias ne peut passer par le seul accès au contenu papier, l’offre PREMIUM du Parisien n’est pas à la hauteur. Mal mise en valeur dans le menu, elle n’est pas plus engageante pour le lecteur qui serait intéressé. Contraint à s’enregistrer, sans plus d’informations sur l’offre. 

Note 3/5

 
 
 




Leader incontestable d’une presse économique récemment amputée d’une voix et d’une Tribune, le journal des Echos aurait pu surfer sur sa position monopolistique. Avec son application, elle aussi confiée aux bons soins de Visuamobile, elle renforce surtout sa stratégie multicanal.

Première impression

Temps de chargement rapide. Menu intuitif et offre fournie. L’application des Echos invite à l’exploration, autant qu’elle peut convaincre les plus rétifs de dépasser l’identité même du journal. 

Menu et navigation. In and Out

Double navigation via un menu à navigation horizontale ou par icônes. Simple et concis.

Avec son lectorat CSP + de décideurs et de chefs d’entreprises, la valeur ajoutée des Echos reste son traitement économique. Sur ce point crucial elle offre un ensemble relativement complet. Navigation par sociétés déclinable selon l’actualité du jour. Informations boursières et analyses de situations macro économiques.

La possibilité d’archiver et de partager facilement des articles en ligne, complète un dispositif de lecture agréable.

Un contenu vidéo extrêmement bien travaillé dans sa sélection autant que dans son contenu. La mise en image des infographies est particulièrement remarquable.

La lecture des deux cahiers des Echos, offerte pendant 1 mois, reste fluide et très engageante (zoom, navigation, accès aux archives).

Si le travail vidéo n’a que peu d’équivalent, l’absence d’images alourdit parfois l’ensemble. Transformées en vignettes, elles ne jouent leur rôle d’entrée de lecture.

Austère à certains égards, Les Echos n’ont pas fait le pari de l’interactivité communautaire. Sans ce rafraîchissement qui empêche de commenter les articles, le journal délivre sans partager. Accentuant quelque part, une certaine forme d’élitisme.

Note 4/5



En basculant dans le « reverse publishing », la nouvelle Tribune portée par FER et Hi Media a calquée son avenir sur le digitale. Ainsi débarrassée de son édition papier, qui se transformera en hebdomadaire dès le 06 avril, son application mobile est déterminante pour muscler ce nouveau dispositif. Lancée en décembre, elle n’a toujours pas subit de mise à jour. Etat des lieux. 

Première impression

Temps de chargement souvent incertain. Filet d’informations pour tout menu. Belle place offerte à l’image et à l’interactivité. L’application de La Tribune fait des promesses aux lecteurs autant qu’elle peut en dérouter d’autres.

Menu et navigation. In and Out

En hiérarchisant l’information sans la catégoriser, La Tribune a parfois des faux airs de fil AFP. Sans thématiques, elle peut ne pas répondre à la demande du mobinaute. La délivrance d’une information facile à trouver. 

Contenu bien présenté (image, déroulé, partage) avec le souci constant de prolonger l’information sur d’autres articles de même sujet. Contrairement aux Echos, le traitement de l’actualité économique reste limité aux bandeaux d’informations boursières.

Coquilles, fautes de frappes ou confusion entre millions et milliards, l’absence de relecture n’est pourtant pas un fait nouveau pour La Tribune. Déjà présent dans l’édition papier, qui se singularisait notamment par de mauvais renvois de pages, c’est toute la crédibilité du journal qui pâtit de ce genre d’inattention.

A défaut d’épiloguer sur la modération, ou pas, de certains commentaires, il faut surtout souligner la mise en valeur de ces derniers. En jouant sur l’interactivité La Tribune encourage d’avantage le partage que son concurrent. 

En plus d’un accès à l’application souvent hasardeux, la régénération du « live » et de certains contenus est souvent très long. 

Pariant sur des séances de rattrapage du lecteur, La Tribune propose le téléchargement de dossiers d’actualité. Si l’initiative est louable, elle ne correspond pas toujours à la nature même d’une application média. Une consommation éphémère et immédiate. 

En proposant un accès permanent à la station BFM, La Tribune combine diversification des sources et attention du mobinaute. Accessible quelque soit la navigation, ce « gadget » résumer le modèle vertueux que les applications médias pourraient emprunter. Une densification des contenus en propre (sons et images) comme au travers de partenariats.  

Note 1/5




Avec une croissance inégalée, passée de 0 à 1000 milliards de dollars en 2010, l’industrie du mobile impose un modèle économique révolutionnaire. Steve Jobs qui rêvait d’un monde fait d’applications capable de se substituer au web que nous connaissons, n’a probablement exagéré que l’échelle du temps. Car si 5.8 milliards de personnes disposeront d’un mobile en 2012, il faudra pouvoir répondre à l’afflux. Pour la presse l’enrichissement et l’interaction ne devront pas revenir comme des marronniers. L’offre n’étant encore une fois que le pendant de l’usage. 
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